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    15/10/18 - Ethiopie: une expédition sur les traces de l'humanité dans la vallée de l'Omo

    Grâce à sa richesse géologique, la vallée de l’Omo, dans le sud-ouest de l’Ethiopie, regorge de fossiles d’animaux anciens, mais aussi d’hominidés, datés de 3,2 à 1 million d’années. Depuis 2006, chaque année, une quarantaine de paléontologues, d’archéologues, et de géologues l’explorent dans le cadre d’une grande mission internationale de recherches. Dernière expédition en date : août 2018.

    « Calcanéum ! C’est l’os du talon ! On dirait de l’homme, mais c’est du singe. Qui l’a trouvé, celui-là ? » : Jean-Renaud Boisserie, paléontologue français, directeur du laboratoire PALEVOPRIM de l’université de Poitiers et du CNRS, lève les yeux en direction du reste de son équipe. Il prend dans sa main le fossile à peine plus grand que son pouce, note dans son carnet le nom de Kampiro, qui l’a découvert, et passe examiner le prochain fossile que lui indique son équipe. Le tout sous 40 degrés, voire plus, sans ombre dans cette région particulièrement aride.

    Une géologie favorable aux découvertes

    Depuis 2006, ce passionné d’hippopotames sous toutes leurs formes et à tous les âges, mène l’expédition transdisciplinaire « O.G.R.E. », ou « Omo Group Research Expedition ». Chaque été, ou presque, une partie des quarante chercheurs mobilisés partent en mission, pendant trois semaines à un mois, afin de collecter des données sur le terrain, dans la vallée de l’Omo. Pour arriver jusque-là, il faut compter deux jours de route de la capitale, Addis-Abeba, en se rapprochant de la frontière avec le Kenya, et de celle avec le Soudan du Sud, qui sont à quelques dizaines de kilomètres à peine.

    Ce qui intéresse particulièrement l’équipe de recherches dans cette vallée, c’est la formation de Shungura, longue de près de 60 kilomètres et large de 5 à 7 kilomètres, véritable « mille-feuille géologique sur lequel on peut marcher », selon Jean-Renaud Boisserie. La formation se situe au cœur du rift est-africain, une vallée qui, en s’effondrant (pour, dans plusieurs dizaines de millions d’années, probablement devenir un océan), piège de nombreux sédiments, dans une région volcanique, créant des conditions favorables à la conservation de fossiles. « Ce qui est exceptionnel avec cette formation , sourit Jean-Renaud Boisserie, c’est qu’elle a la continuité, depuis 3,6 jusqu’à 1 million d’années. Ça, vous ne l’aurez nulle part ailleurs dans le monde. Si vous avez envie de comprendre ce qui s’est passé dans un bassin donné pour un écosystème, sur cette tranche de temps, il faut venir là. Parce que là, vous allez pouvoir suivre pas à pas les changements de l’environnement, ceux de la faune, de nos ancêtres – qui font partie de la faune - et les changements de leur culture. »

    Une équipe multidisciplinaire

    Aux côtés d’archéologues, de géologues, et d’une palynologue [spécialiste des pollens et spores, NDLR] qui reconstitue la végétation de la vallée il y a plusieurs millions d’années, l’équipe de paléontologie cherche à connaître la faune ancienne qui a peuplé la région, nos ancêtres y compris. Jean-Renaud Boisserie accompagné d'étudiants éthiopiens en paléontologie et des employés du Musée national d’Ethiopie sont venus d’Addis-Abeba, rejoints par des «chasseurs de fossiles», comme on les appelle, saisonniers venus de tout le pays, reconnus pour leurs capacités à repérer des fossiles à la surface.

    Une vallée pleine de promesses… et d’hominidés

    On trouve dans la vallée des restes d’hominidés qui permettent de retracer l’évolution de nos ancêtres. Ont été découverts par exemple des fragments dentaires évoquant Australopithecus Afarensis, l’espèce de la célèbre Lucy, datée de 3,2 millions d’années et retrouvée dans l’Afar, au nord-est de l’Ethiopie. On voit également apparaître dans la vallée, à partir de 2, 7 millions d’années, des Australopithèques robustes, avec de grandes dents, et des mâchoires puissantes, ainsi que des Australopithèques dits graciles, aux molaires plus petites, et dont la lignée pourrait potentiellement conduire à notre genre Homo. Ont aussi été retrouvés dans la vallée des restes crâniens vieux de 2 millions d’années, attribuables à Homo Habilis, ainsi que des restes ressemblant à Homo Erectus, un peu plus tard dans la formation, à près d’1 million d’années.

    L’Afrique, beaucoup plus que le simple « berceau » de l’humanité

    « Je n’aime pas parler de berceau de l’humanité », affirme Jean-Renaud Boisserie. Pourquoi ? Le berceau est conçu pour les nourrissons qui ne savent pas marcher. « L’Afrique n’est absolument pas ça pour l’humanité : c’est l’endroit où on a appris à marcher, où on s’est mis debout, où on est resté pendant l’essentiel de notre histoire, pendant plus de 5 millions d’années. » Pour mieux comprendre et raconter cette histoire africaine, notre histoire à nous tous qui sommes « de grands mammifères africains » aux yeux du paléontologue, des articles communs et multidisciplinaires devraient être publiés dans la suite de cette mission. L’objectif à long terme est d’établir, grâce aux données collectées année après année, des cartes précises qui retraceraient l’évolution de la faune, de la végétation, de la géologie, des productions culturelles des hommes – des pierres taillées à des époques anciennes, encore largement délaissées par l’archéologie - et ce sur plusieurs millions d’années, puisque cette formation de Shungura, dans le sud de l’Ethiopie, le permet. Elle a encore plein de choses à nous apprendre...

    Source texte + photos: Charlie Dupiot www.rfi.fr


    09/05/18 - L'Homme aux Philippines dès 700.000 ans? La piste du rhinocéros

    Un fossile de rhinocéros, portant des traces de découpe et gisant à côté d'outils en pierre taillée, semble indiquer que l'Homme était présent aux Philippines il y a plus de 700.000 ans, ont annoncé mercredi des chercheurs.

    Depuis 2,5 millions d'années, les Philippines forment un chapelet d'îles isolées du continent par de profonds bras de mer. Jusqu'à ce jour, la plus ancienne présence humaine dans ce pays, attestée par un os de pied, avait été datée de 67.000 ans.

    Mais des découvertes sur le site archéologique de Kalinga, au nord de Luzon, semblent apporter la preuve indirecte que des représentants du genre Homo sont arrivés sur cette île bien avant l'homme moderne, selon ces chercheurs.

    Le genre Homo inclut l'homme moderne (Homo sapiens) et les espèces apparentées aujourd'hui disparues telles que Homo erectus et Homo floresiensis notamment.

    Des fouilles menées en 2014 par une équipe internationale ont permis de découvrir plus de 400 os fossiles, à côté de 57 outils en pierre taillée.

    Les chercheurs ont trouvé des restes de cerf, de tortues, de lézards. Mais surtout "nous avons eu la chance extraordinaire de trouver un rhinocéros presque complet", raconte à l'AFP Thomas Ingicco, paléoanthropologue au Musée national d'histoire naturelle (MNHN) à Paris.

    L'examen de ce rhinocéros - une espèce éteinte - en laboratoire a montré qu'"il portait des traces de boucherie laissées par des outils", indique le jeune chercheur, premier auteur de l'étude présentant ces résultats, publiée dans Nature.

    "Nous avons repéré sur plusieurs os des stries provoquées par l'utilisation d'outils pour découper la viande. D'autres os ont été percutés par des outils pour faire sortir la moelle", détaille-t-il.

    L'âge du rhinocéros, calculé par diverses méthodes de datation "pour être sûr", a été établi à environ 709.000 ans.

    "Il est clair que des représentants du genre Homo ont mangé ce rhinocéros", affirme le chercheur. En revanche, "on ne sait pas s'ils l'ont tué ou s'ils l'ont consommé alors qu'il était déjà mort".

    En l'absence de restes humains, toujours très rares, l'espèce qui peuplait cette île reste inconnue.
    S'agissait-il d'Homo erectus qui était présent en Asie à cette époque?

    Autre question que se posent les scientifiques après cette découverte: d'où venaient ces Hommes? Et comment ont-ils fait pour rejoindre les Philippines, entourées d'eau?

    L'Homme n'est pas capable de nager sur de longues distances contrairement à certains herbivores comme le rhinocéros, souligne le chercheur.

    Un représentant du genre Homo aurait-il maîtrisé, avant Homo Sapiens, un mode de navigation? "On ne pense pas qu'ils en étaient capables", convient Thomas Ingicco.

    "Cette colonisation s'est peut-être faite accidentellement par le biais de langues de terres arrachées à la côte à la suite d'un tsunami, phénomène rare mais bien documenté", avance le chercheur.

    Les fouilles du site de Kalinga ont été principalement financées par le ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères et le National Geographic.

    Source: www.libe.ma

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